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12 mars 2010

sonnet XVI

Et c'est là qu'il n'y a que le sentier véritable,

faire la guerre à ce tyran sanguinaire, le temps.

Et se fortifier dans sa faiblesse,

avec de meilleurs moyens que ces quelques mots,

Mais peut-être, que les heures heureuses sont devant toi,

tant de lieux vierges sont encore à découvrir,

Un souhait vertueux donnera ses fleurs vivantes,

beaucoup mieux que ta piteuse contrefaçon

Ce sont ses lignes que la vie répare,

Et ceci, le crayon du temps, ma plume d'élève,

Que ce soit du dedans ou du dehors,

que peut te donner grâce aux yeux des hommes

Pour mieux t'offrir, reste immobile,

Et tu dois vivre, mené par ton don si doux.

02 octobre 2009

Le Symbole Perdu par Dan Brown

Le Symbole Perdu par Dan Brown
Si ce n’était pour les machinations barbares du vilain, autre carcasse mortifiée et unidimensionnelle qui vous donnent des frissons dans la moelle épinière ou la conspiration genre enjeu oedipien. Non, le plus terrifiant à propos  du Symbole Perdu est que Brown n’a pas flanché quand le Vatican a condamné le Code Da Vinci et à protester  contre le tournage du film Anges et Démons à Rome, à le croire, clairement hanté par la secte puissante et secrète des Maçons.
Son livre ressemble à une tentative désespérée de s’intégrer à la Maçonnerie plutôt qu’à une interprétation des étranges rites et symboles qui illuminent comme dans –illuminati!- comment le club ultime et privé de la bande des garçons a conspiré pour donner forme à la capitale de la nation et à la civilisation occidentale depuis que Georges Washington inaugura la pierre d'angle de l’immeuble du Capitole avec le rituel et  vêtu du costume de Maçon complet avec un délicieux petit tablier de satin  assorti. Si les Maçons intimident plus que le Vatican, Si Brown et devenu une part de leur rideau de fumée sémiotique, alors, tout ce que je peux dire c’est : que Dieu nous aide tous !
Pendant ses cinq ans de recherche, a-t-il commencé à croire ces histoires sensationnelles qui racontent que les Maçons vous coupent le cou quand vous révélez leurs secrets, a-t-il découvert que les Maçons ne sont pas seulement des vieux mecs dans un drôle de costume qui profitent d’une bonne soirée loin de leurs femmes ? Pourraient-ils vraiment être comme se le demandait un documentaire récent de Channel Discovery des  conspirateurs athées liés par un pacte de mort qui infiltrent les institutions et mènent le monde ?
A-t-il décrypté les documents codés enfermés dans un coffre de la CIA, fondée par un ancien Maçon, Harry Truman. Et  ces légendes sauvages étaient-elles vrai ?, que Jack l’éventreur était Maçon et que son identité fut couverte par le commissaire, Maçon lui-même ? Que Salieri et d’autres assassinèrent Mozart après qu’il révéla quelques-uns uns des secrets maçonniques dans dans la Flûte Enchantée ?
En s’intéressant plus avant aux excavations de Brown sur le pouvoir mystique de Washington, les anciens portails, les passages secrets et les mondes d’ombre. Pour les natifs qui ont aimé ces monuments depuis leur enfance, le temple du Rite Écossais avec ses deux sphinx, seizième rue, le Capitole brillamment éclairé, peuvent se montrer curieux d’en savoir plus sur ces vénérables temples de marbre et enfin accéder à la sagesse secrète des âges. Ils  s'entendraient rapidement avec Robert Langdon, pseudo de l’auteur, traître en tweed et éviteraient l’ennui de penser  que le symbologiste de Harward porte encore sa montre Mickey Mouse, qu’il moût à la main ses grains de café de Sumatra et refuse de comprendre quand une mignonne  avec un cerveau se matérialise pour l’aider à démêler les secrets anciens.
Le personnage de Katherine Solomon, mince, aux yeux gris experte en sciences  noétiques, l’étude « des potentialités inexploitées de l’esprit humain ». Brown voudrait peut-être aussi explorer les potentiels inexplorés du corps humain, depuis que l'héroïne a la cinquantaine, ce qui a du sûrement faire sursauter les cocktails dans les bureaux de Hollywood, quelques années plus âgée que Langdon, sans doute allusion à son épouse et muse, Blythe, qui a douze ans de plus  que lui et l'aida à rédiger 187 hommes à éviter : Un Guide de Survie pour les Femmes frustrée de leur romantisme.
Les émotions sont le genre de choses que Brown semble avoir de la difficulté à déchiffrer. Ses scènes de sexe sont cryptées, Katherine et Langdon agissent en camarades puisqu’elle sait même le poids des âmes, leurs scènes de sexe les plus torrides s’expriment par un regard ou une expression amicale de Robert.
Les nouvelles de Brown semblent évidemment inspirées par Indiana Jones et les Conquérants de l’Arche Perdue. Mais il ne peut qu’imiter la narration galopante et la fascination des archétypes mythologiques, pyramides, saint graals, carte du trésor et codes secrets, Il n’accède pas au coté sexy et ludique de l’héritage Spielberg-Lucas.
Ses métaphores se répandent sur la page. Inoue Sato, un fonctionnaire des renseignements enquête sur une main sans corps portant une bague maçonnique et les tatouages iconiques qu’on peut voir dans la rotonde du Capitole, naviguait dans les eaux profondes de la CIA comme un leviathan émergeant seulement pour dévorer sa proie ou alors, çà la frappa de plein fouet ou la révélation s’écrasa sur Langdon comme une vague. Et juste au moment ou le héros pense qu’il peut retourner dans l’eau sans danger, une autre mauvaise métaphore l’emmène comme une vague : Maintenant, sa tête lui faisait mal comme un torrent tumultueux de pensées intimes connectées.
On peut pratiquement entendre la musique féerique d’un orgue si Mal’akh, le vilain de la fable, aux yeux qui brillent d’une férocité animale, apparaît parfois parodie d’un mauvais de Bond : tu n’es qu’une toute petite pièce dans une grande machine ou de Woody Allen :  le corps soupire quand le corps soupire. Brown n’en garnit pas moins l’ouvrage de ces expressions : revêtu seulement d’un pagne entourant ses fesses et son organe sexuel au repos, Mal’akh commença ses préparations, et  Pendu en dessous de l’arche, son organe, massif portait les symboles tatoués de sa destinée. Dans une autre vie, ce lourd axe de chair était sa source de plaisir charnel. Mais plus maintenant. Brown a toujours écrit des scénarii déguisés en nouvelles, mais maintenant il coule aussi dans le bronze. Warren Bellamy, L’architecte maçonnique du Capitole, est décrit comme un ancien afro-américain, aux cheveux coupés de près, énonçant ses mots avec une précision croquante : Bellamy était léger et détendu érigé droit, le regard percant exprimant la confiance d’un homme qui contrôle ce qui l’environne. On dirait Dieudonné qui téléphone à Thierry Lhermitte. Le caractère de Bellamy offre à Brown une autre opportunité pour faire mousser le Maçon, quand l’architecte dit à Langdon : l’art de la franc-maconnerie, m’a donné un profond respect pour ce qui transcende la compréhension humaine. J’ai appris à ne jamais me fermer l’esprit à une idée simplement parce qu’elle serait miraculeuse.
L’auteur est devenu riche et fameux sans jamais atteindre la subtilité. Un caractère ne plonge pas seulement dans le noir, encore doit-il être d’encre. Un caractère n’écoute jamais en état de choc mais bien doublement choqué.
Et considérez ce monologue intérieur bancal du chef de la police du Capitole : Le Chef Anderson se demandait ou tout cela finirait. Une main dans la Rotonde ? Un mausolée, un mort, dans ma cave ? Des gravures bizarres sur une pyramide de pierre. Soudainement, son petit jeu avec les Redskins sembla perdre toute signification.
Tout le monde a entendu dire que dans le temps les Maçons n’étaient pas les bienvenus chez les Catholiques et qu’ils étaient considéres comme étant tellement anti-catholiques que ceux d’entre eux qui les rejoindraient se verraient excommuniés. Aujourd’hui, les désaveux de l'Église ont mis la sourdine eux toujours si exclusifs quand il s’agit de rites secrets, de rituels de sang et d’exclusion des femmes. Mais Langdon suggère aux étudiants de Harward que les Maçons sont d’une ouverture d’esprit rafraîchissante et ne pratiquent aucune sorte de discrimination. A un étudiant qui proteste que la Maçonnerie à l’air d’un culte fantomatique, Langdon répond que c’est un système moral et il note :  La Franc-maçonnerie n’est pas  une société secrète, c’est une société avec des secrets. Il débusque des histoires de pères fondateurs, supposés introduire un pentacle satanique et le compas et le carré  des Maçons dans le dessin des rues de la capitale en rajoutant que si on dessine suffisamment de lignes d’intersection sur une carte, vous allez trouver toutes sortes de formes. Les Maçons sont représentés par la personnalité attrayante de Peter Solomon, frère aîné de Katherine, bel homme, riche historien et philanthrope qui dirige le Smithsonian Institute et inspira au jeune  Langdon son intérêt pour les symboles.
Dans une interview, Brown a dit avoir été tenté de rejoindre les Maçons, appelant leur philosophie Une belle étape pour la spiritualité humaine.  Dans le prochain opus, on verra probablement, Langdon revêtu d’un fez de pèlerin avec un châle Burberry et un tweed de chez Rampon.
Dans ce livre, l’aide de Langdon permet d'empêcher le vilain de publier une  vidéo sur YouTube, qu’il a enregistré secrètement pendant ses rites d’initiation maçonnique. Le gagoulé boit, dans un crane, des vins rouge sang avec une dague pressée sur sa poitrine nue ; il doit prendre part au procès-verbal de son propre meurtre, il y avait des coups simulés sur sa tète, y compris l’empreinte d’un marteau rituel, on y entendait une référence biblique au sacrifice humain, la soumission d’Abraham à l’Etre Suprême, au sacrifice d’Isaac, son premier né.
Ce sont, en partie des avertissements pour ceux qui laissent sourdre les secrets de l’ordre, avertissements que Dan Brown a clairement pris à cœur. Langdon pouvait dire d’avance que la  vidéo était une pièce de propagande injuste, écrit Brown, ajoutant que le symbologue pense pour lui-même que la vérité sera indécice, comme toujours dans la Franc-maçonnerie.
Brown ne  donne pas ce qu’on attend, des tuyaux sur qui sont les Maçons chez les politiciens d’aujourd’hui et sur quelle usine à gaz ils fonctionnent. On a laissé le travail à Eamon Javers de Politico, qui a mis à jour une liste des Franc-maçons au Congrès qui se lit comme une vaste conspiration de droite.  Joe “Vous mentez!” Wilson est un membre de la loge Sinclair de Washington. Le député Eric Cantor de Virginie, président de la minorité de la Chambre, qui essaie de suffoquer le plan santé d’Obama est un membre de la loge de Richmond tput comme son père et son oncle. Charles E. Grassley de l’Iowa, qui proteste contre le plan supposé d’élimination des vieux, pressa Javers en lui disant   : Ne nous jugez pas par les drôles de chapeaux que nous portons. Comble d’humiliation, le président Obama a quitté soudainement la Maison Blanche, un soir, récemment et se rendit au Monument Washington, dans l’obélisque qui figure dans le climax de Brown, y resta 20 minutes. Si on ajoute les 13 minutes probablement nécessaires pour atteindre la limousine, s’y faire conduire jusqu’à la Maison Blanche et retourner à sa résidence, vous obtenez le nombre maçonnique magique de 33.
Finalement comme dans le  Code  Da Vinci, Il n’y a pas de rachat. Brown devrait arrêter de se soucier de pyramides non terminées et se préoccuper de nouvelles inachevées.  Spielberg et Lucas nous donnèrent, au moins, un arc et des tourbillons, des humains qui se dissolvent. Ainsi on n’obtient aucune ancienne sagesse qui changera profondément le monde tel que nous le connaissons, tout juste un lot de pudding New Age sur que comment qu’on est les dieux que nous attendions, je vous épargne la lutte père fils pour la domination globale, on en a déjà eu assez avec les Bush
On s’en fout, hein Dan !

08 août 2009

Une biographie de Judas

Le nom " Judas " est empoisonné, il est attaché à l'espion de la porte de prison,  au ver à soie sans soie qui pend, mort, d'un arbre, l'animal dépecé  par le chasseur  comme appât et la chaise à clous utilisée pour infliger des tortures sexuelles aux hérétiques, c'est un libelle politique, une accusation chantée par un chanteur populaire qui trahit ses racines, une malédiction collée à un ami qui retourne sa veste. Personne, aujourd'hui, c'est certain, ne souhaiterait appeler son enfant  Judas. Susan Gubar vient de publier une "bio graphie" qui porte ce nom. Ce n'est pas une tentative quichotesque pour écrire la vie d'un homme que le nouveau testament n'évoque que douze fois. Ce n'est pas l'étude de sa vie mais de son appréciation, dans l'art, la littérature et l'histoire de l' Ouest. L' histoire de 2.000 ans de nombreux Judas, apôtre anomale, traître et paria, l'embrasseur homophilique du Christ, le Zélote irritant et l'homme tombé sans joie pour la rédemption. De manière plus dérangeante; c'est l'histoire d'un Judas au nez crochu, roux, jaune qui hante tant de peintures de la dernière cène, assis de l'autre coté de la table dans un isolement torturé. C'est la représentation du totem antisémite monstrueux incarné dans le Judas-Juif. Il n'avait pas commencé carrière comme monstre. Les écrits bibliques les plus anciens ne font même pas allusion à son nom, d'ailleurs, ils ne parlent pas de la résurrection non plus. Paul ne semble pas en avoir entendu parler, notant simplement: "Jésus fut trahi" La question n'intéresse guère Marc qui ne fait que s'indigner sur son gaspillage de l'huile sainte déjà si chère qui donne à Jésus son baiser infâme et disparaît de l'histoire. Pendant toute la durée du premier siècle, les relations entre les chrétiens et les Juifs se détériorèrent, Les évangiles commençaient à rendre responsable de la crucifixion, les prêtres et les pharisiens plutôt que les Romains et leur nécessaire agent double. Judas devint "l'apôtre juif" solitaire avant que l'apparition de Jésus et ses siens. D'autres générations allèrent plus loin et les historiens nazis sont aller jusqu'à écrire que Jésus, venait, en réalité d'une tribu galiléenne non juive. en résumé Judas grandit en danger et en importance. le Judas de Matthieu est un intrigant déguisé, mais il se pend de remord. Le judas satanique, possédé, de Luc n'arrive pas à donner le baiser à Jésus car il est écarté et finit ses jours prosaïquement de telle manière qu'il s'ouvrit du milieu et que ses tripes en sautèrent  A l'époque ou Jean rédigea son évangile, Judas étais devenu le trésor de guerre des apôtres et un démon sous forme humaine de plein droit. Gubar souligne laborieusement que la nature de Judas a subsisté au travers de nombreuses périodes l'histoire. Mais elle indique aussi une large progression de la disgrâce à la dignité. La première fut profonde. Dans l'art médiéval Judas devient le démon lycanthrope qui mord autant qu'il embrasse, caricature boursouflée, aux taches de sang, exécrable avec une bourse qu'il traîne comme un utérus distendu suivi d'avatars aussi divers que Shiloh ou le Dracula de Bram Stocker. Son ascension finit par atteindre un affreuse apothéose antisémite dans l'extraordinaire jaculation de Martin Luther. Comme le tripes de judas commence à danser, Luther imagine les juifs attendre au pied de la potence avec des vases d'or et d'argent afin d'attraper l'explosion. Et luther ajoute: qu'ils prirent aussi son urine la mélangèrent aux excréments, qu'ils partagèrent ce repas en buvant, raison pour laquelle ils développèrent  un regard si perçant. La Renaissance essaya encore un peu plus loin. Les artistes se focalisèrent sur le baiser de Judas avec une telle attention  aimante, qu'il fit moins peur. Comptes-rendus tourmentés, sophistiqués et même érotiques en lisant la virtuosité de Carracci, Caravage et les autres, Gubar nous convainc que Judas peut aussi apparaître comme une silhouette sexuelle trahissant son ami et pris dans les bras de la loi et non ceux de son amant, finalement bannie des cieux. L'auteur est très douée dans ce type de relecture de l'art et de la littérature et a passé au moins la moitié de ses livres à fureter les poèmes, les pièces, les films représentant Judas qu'elle utilise pour calligraphier son contrepoint. Sa démonstration nous explique comment la sympathie pour Judas s'est accrue pendant les Lumières et comment les écrivains commencèrent à remettre en question le justice divine qui demandait tant de souffrances non seulement de Jésus mais aussi de Judas. L' essayiste opiomane Thomas De Quincey dit que c'était son coeur brisé qui se répandit et le  Méthodiste Charles Wesley remercie son Seigneur de libérer non seulement le juste mais aussi "Judas, Esau, Cain, et moi". Susan D. Gubar couvre un terrain qui coupe le souffle, de Dryden à Thomas Hardy en passant par la propagande nazie et " La Dernière Tentation du Christ" de Nikos Kazantzakis’s en 1960 qui fait de Judas l'homme de paille du plan divin. Elle privilégie l'art et non la théologie ou l'histoire des idées, ce qui rend ses écrits un peu glissant sur la surface. Le chapitre final, néanmoins  récollection de l'ouvrage, n'en est pas moins magnifique parce que Judas compte aujourd'hui et chaque réinvention de son personnage reconfigure Jésus puis il n'est pas L'antéchrist mais une figure spéculaire, par qu'il évoque l'évolution de l'attitude du christianisme à l'égard du judaïsme et qu'il nous réfléchit. Il incarne notre nature la plus sombre, notre capacité pour la misère, le désespoir et l'égoïsme. Il n'est pas seulement le négatif ultime mais aussi l'ennemi intérieur.

19 juin 2009

La vie Merveilleuse et brève d’Oscar Wao

Le héros de la première nouvelle de Junot Díaz est un gros  dominicain nommé Oscar, un accro du ghetto de Paterson, N.J., et un dévot de ce qu’il appelle avec emphase " les genres les plus spéculatifs ", il veut dire des livres comiques, des livres d’épée et de sorcellerie, la science-fiction et les jeux de rôle, enfin, le fond littéraire pop de mythes et de fantaisies qu’on attribue généralement, aux gars, comme lui, mal adaptés socialement et frustrés sexuellement.

Naturellement, une ou deux générations de nouvellistes, exploitent aussi ce matériau, répétant les narrations qui nourrissaient leur imagination d’enfant et infuser ainsi leurs histoires difficiles et ambitieuses par les scènes d’allégorie, de poussières et de grandiloquence qu’offrent ces genres.

Dans " La vie Merveilleuse et brève d’Oscar Wao ", Diaz montre une impressionnante dextérité profitant de son crédit d’auteur, de son bon sens populaire et de son savoir littéraire avec un égal panache.

 Une petite épigraphie de super héros de série fantastique, des allusions plus longues à Derek Walcott, prix Nobel de littérature, à " Dune ", à " Matrix " et en particulier au " Seigneur des Anneaux ", résistant à des références de Melville à García Márquez. Son nom peut se prononcer Oscar Wilde auquel il dit qu’il ressemble quand il est habillé en docteur Who pour Halloween.junotdiaz_narrowweb__300x315,0.jpg

" Qu’est ce qui il y a de plus sci-fi que Saint-Domingue ? de plus fantaisie que les Antilles " se demande Oscar. Et la question est comment prend-t-il en compte sa terre ancestrale, son folklore, sa politique, sa diaspora qui mena tant d’entre eux dans le nord du New Jersey et à Manhattan. C’est ce qui préoccupe explicitement le créateur d’Oscar.

L’avis de Diaz c’est que la République Dominicaine qui occupe la moitié de l’île ou Colomb atterrit, est le genre de petit pays qui souffre d’une contrefaçon de l’histoire. Depuis le début, elle a été le clos d’accouplement de destinées extérieures et de passions monstrueuses. La nouvelle de Diaz possède l’amplitude d’un esprit libéré qui grandit le titre malgré son nombre de pages modeste. " La vie Merveilleuse et brève d’Oscar Wao " contient une multitude de genres et de styles dans le désordre. Le conte de l’adolescence d’Oscar, sans doute la partie la plus subtile du livre, décrit le mélodrame d’un jeune adulte drapé dans la chronique d’une famille à générations multiples d’immigrants mijotant dans le réalisme magique tropical, le féminisme punk rock, le machisme hip hop, des pyrotechnies post-postmodernes de multiculturalisme polymorphe pour remplir une introduction à un mémoire d’études culturelles. Hésitante au début mais certain à la fin, c’est une vois profane, lyrique, éduquée et infatigable, une rixe d’accents et d’idiomes coexistent dans une même personnalité. Les voix appartiennent, pour la plupart, à Yunior, qui glisse graduellement de derrière le rideau de sa narration apparemment omnisciente pour se révéler comme un caractère. I fut, jadis, un compagnon de chambre à l’université et un soupirant de sa sœur Lola, d’un tempérament tout opposé à Oscar qui favorise ne diction précieuse d’autodidacte et affecte parfois le ton viril bilingue assorti de passages didactiques. Et quand Oscar tombe follement et chastement amoureux d’une succession de femmes inaccessibles, Younior, lui, est un séducteur chronique, aspirant auteur, comme Oscar, mais il préfère des genres plus assaisonnés comme "  tous les vols et le négoce de drogue… et lol et lol. " Dire que je ne n’ai jamais rencontré un dominicain comme lui serait un euphémisme ", explique Yunior, et en créant, Oscar, Diaz crée un stéréotype pour en subvertir un autre. Tous les Dominicains ne sont pas des paons machistes animés par la sci-fi,  et les blancs sont des fanatiques de donjons et de dragons. Bien que ce soit évident ne diminue en rien l’astuce ni la technique avec lesquelles Diaz nous mène dans son histoire. Mais " La vie Merveilleuse et brève d’Oscar Wao " n’est pas seulement l’histoire d’Oscar, il a même l’air un peu exilé dans le livre qui porte son nom. La récollection de ses romances tordues, de sa tentative de suicide, de ses amitiés et de ses projets littéraires est interrompue et assombrie par des épisodes de l’histoire ancillaire qui inverse le sentier d’émigration de la République Dominicaine vers les États-Unis et se concentrent sur les femmes de la famille d’Oscar. Sa sœur, une punk rocker, fugue et piste l’étoile, personnage certainement plus vivant et plus magnétique que son frère, comme l’est sa mère Beli, dont la remarquable biographie forme la vraie colonne vertébrale narrative du récit. A Baní, ville de province dominicaine ou elle a grandi, Beli, vrai beauté noire, une fille avec une bourse dans une école privée chic et qui fut, peut-être, la maîtresse d’un criminel notoire. Le douloureux passage de son fils vers l’age adulte fait face à sa propre transformation, inversée. Quand nous la voyons d’abord, c’est une matriarche émigrée fantasque et abusive qui se bat avec sa fille et se tire furieusement du travail et des ennuis. Mais dans les chapitres ultérieurs, Beli aussi est une fille rebelle de plein droit, luttant avec La Inca, la relation pauvre et respectable chez qui elle grandit. Les parents de Beli, un médecin et une infirmière, comme La Inca ne se lassait jamais de la répéter, des membres de la bourgeoisie, tombèrent sous la dictature de Rafael Trujillo, un dictateur à la brutalité impressionnante, même pour l’Amérique latine de la moitié du vingtième siècle. Comme Díaz l’écrit dans une note : " Au premier abord, c’était le caudillo latino typique, mais sa puissance était terminale, ce que les historiens et les commentateurs n’ont jamais vraiment bien saisi ou devrais-je dire imaginé. Ce fut notre Sauron, notre Arawn, notre Darkseid, notre dictateur d’une fois et du futur ". ET ‘est justement pour cette raison que Trujillo est un superbe butin pour Díaz, qui nettoie les villes et les villages de son pays dans les années quarante et cinquante, période à l’ambiance violente, sensuelle et exotique.

L’île peut être maudite et hantée, mais elle est aussi enchantée, même les souvenirs les plus amers semblent adoucis par la nostalgie. Les esprits mauvais périodiquement invoqués pour expliquer la malchance de la famille d’Oscar sont, pour lui aussi, des gris gris et des porte-bonheurs. Sans les horreurs et les superstitions du vieux pays, sans la douceur tropicale que réfléchit la prose de Diaz même dans les moments de grande cruauté, Oscar Wao ne serait qu’un autre mec avec une affiche d’Akira au-dessus de son lit et une ribambelle désespérée d’obsessions sexuelles non consommées. L’anachronisme entre la vie d’Oscar et son hérédité est résolu de manière violente et peu convaincante dans la partie finale du livre, c’est le vrai sujet de " La vie Merveilleuse et brève d’Oscar Wao ". C’est, presque en dépit d’elle-même, une nouvelle d’assimilation, une chronique fracturée de l’ambivalence, le mouvement, l’accès inexorable des enfants d’immigrants à la classe moyenne ou les drames incroyables et terribles endurés par leurs parents et leurs grands-parents au vieux pays sont devenus un genre en soi.

 

16 juin 2009

L’élan - Woody Allen

Une fois, j’ai tué un élan. Je chassais à la campagne, et j’ai tué un élan, je l’accroche au pare choc de ma voiture et je retourne chez moi par la grand route, mais, je n’avais pas réalisé que la balle n’avait pas pénétré l’élan. Elle n’avait fait qu’érafler le scalp, frappant l’animalalen.jpg d’inconscience. En roulant, l’élan se réveille. Bon, maintenant, je conduis avec un élan vivant sur mon pare-chocs, il fait les clignoteurs et vous savez qu’il y a une loi, dans l’État de New York qui interdit de conduire avec un élan vivant sur votre pare choc le mardi, le jeudi et le samedi. Je suis assez paniqué et je me rappelle que des amis à moi offrent un bal costumé. J’y vais, j’y amène l’élan et je l’oublie à la fête, je n’y serais pour rien. Donc, je prends la route et je frappe à la porte. L’élan est à coté de moi. Mes hôtes viennent m’ouvrir. Je leur dis " hello, vous connaissez les Solomons ". Nous entrons. L’élan socialise, il se comporte très bien et plait. Deux mecs essaient de lui vendre des assurances pendant une heure et demi. Minuit arrive, c’est l’heure de la remise du prix du plus beau costume de la soirée. Le premier prix va aux Berkowitz, un couple marié habillé en élan, L’élan a le deuxième prix. L’élan est furieux. Il s’enferme avec les Berkowitz et on peut les entendre se battre, finalement ils s’assomment tous les trois. Maintenant, je me dis que c’est ma chance, j’empoigne l’élan, je le replante sur mon pare choc et je reprends la route mais j’avais pris les Berkowitz. Bon, je conduis avec deux juifs sur mon pare choc et il y a une loi dans l’État de New York… le mardi, le jeudi et spécialement le samedi. Le lendemain matin les Berkowitz se réveillent dans les bois, en costume d’élan. Monsieur Berkowitz est tiré et empaillé, on peut le voir au club athlétique de New York et la blague est pour eux parce que c’est un club privé.